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CBD, grossesse et allaitement : la position des autorités

Sur le CBD pendant la grossesse, les réponses en ligne vont du « naturel, donc sans danger » à l’alarme. Les autorités sanitaires, elles, ont publié des textes datés. Rien de ce qui suit ne remplace l’avis de la sage-femme, du médecin ou du pharmacien qui suit la grossesse.

Le CBD est-il considéré comme sûr pendant la grossesse ou l’allaitement ?

Non. Aucune des autorités qui se sont prononcées ne le tient pour sûr. L’EFSA écrit que sa sécurité « ne peut être établie » chez la femme enceinte ou allaitante, la FDA le déconseille fortement, et le comité d’évaluation des risques de l’ECHA a validé en mars 2026 la proposition française de le classer toxique pour la reproduction.

EFSA : de la lacune de 2022 à l’exclusion explicite de 2026

Dans sa déclaration adoptée le 26 avril 2022, le groupe scientifique de l’EFSA sur les nouveaux aliments concluait que la sécurité du CBD ne pouvait pas être établie. Il notait que les études animales montrent une toxicité significative sur la reproduction, et que son ampleur chez l’humain, en particulier chez les femmes en âge de procréer, restait à évaluer.

La mise à jour publiée le 9 février 2026 va plus loin. Elle fixe un repère provisoire de sécurité, réservé aux compléments de CBD pur à 98 % au moins, puis exclut trois groupes pour lesquels la sécurité « ne peut être établie » : les moins de 25 ans, les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes sous traitement. Le texte retient que le CBD franchit le placenta et que des études animales récentes suggèrent des effets durables sur le neurodéveloppement de la descendance.

Les résultats ne vont pas tous dans le même sens. Deux études de 2023 chez la rate, par voie orale et selon des lignes directrices de l’OCDE, n’ont relevé d’effet ni sur l’implantation ni sur les pertes embryonnaires ; l’une décrit en revanche, à la dose la plus forte, une toxicité maternelle sévère et des pertes de portées. L’EFSA note aussi que plusieurs études récentes ont administré le CBD par injection, voie qui ne reproduit pas une prise orale.

Anses puis ECHA : du dossier français à l’avis européen

On lit souvent que l’Anses « déconseille » le CBD aux femmes enceintes. Nous n’avons pas trouvé cette formule dans ses publications. Le 21 mars 2025, l’agence a annoncé proposer au niveau européen le classement du cannabidiol comme toxique pour la reproduction de catégorie 1B, avec les mentions H360FD (peut nuire à la fertilité, peut nuire au fœtus) et H362 (peut être nocif pour les bébés nourris au lait maternel), sur la base d’études chez le singe, le rat et la souris.

Le 18 mars 2026, l’Agence européenne des produits chimiques a annoncé que son comité d’évaluation des risques recommandait cette classification harmonisée ; l’annexe du communiqué précise qu’il a suivi la proposition française. L’inscription à l’annexe VI du règlement CLP revient désormais à la Commission européenne.

Une classification décrit un danger intrinsèque, établi ici sur des preuves surtout animales, et non le risque lié à une exposition donnée. L’Anses écrit d’ailleurs que la procédure ne détermine pas, à ce stade, les mesures de gestion applicables aux produits. Nous avions présenté la proposition initiale à propos du CBD et du cycle menstruel, avant l’avis européen.

En France, le seul texte explicite concerne un médicament

Les communications de l’ANSM du 11 mars 2025 sur les interactions médicamenteuses et du 19 juin 2025 sur les intoxications, cette dernière avec l’Anses, ne mentionnent ni la grossesse ni l’allaitement. Le communiqué de juin ne déconseille la consommation qu’aux conducteurs et aux travailleurs exposés à des risques industriels. La fiche cannabis et grossesse du Centre de référence sur les agents tératogènes, mise à jour le 21 mai 2021, ne mentionne pas le cannabidiol.

Le document qui tranche noir sur blanc est le résumé des caractéristiques d’Epidyolex, médicament au cannabidiol autorisé dans des épilepsies rares. Sa rubrique 4.6 indique qu’« il est préférable d’éviter l’utilisation du cannabidiol pendant la grossesse sauf si le bénéfice potentiel pour la mère l’emporte nettement sur le risque potentiel pour le fœtus », et que l’allaitement doit être suspendu pendant le traitement, par précaution. Cette pesée suppose une maladie diagnostiquée et une prescription : elle ne se transpose pas à un produit acheté en boutique.

Hors de l’Union : FDA, ACOG, FSA

La FDA a publié le 16 octobre 2019 une page où elle déconseille fortement le CBD, le THC et le cannabis sous toutes leurs formes pendant la grossesse et l’allaitement. Elle y reconnaît qu’aucune recherche approfondie n’a étudié les effets du CBD sur le fœtus, la mère ou le bébé allaité, et écrit qu’elle « s’attend » à ce qu’une partie du CBD passe dans le lait : une attente, pas une mesure.

Le Collège américain des gynécologues-obstétriciens (ACOG) a publié en octobre 2025 son consensus clinique n° 10. Il vise l’ensemble des produits issus de la plante et ne cite le CBD qu’en passant. Il demande aux soignants d’expliquer qu’il n’existe aucune indication médicale au cannabis pendant la grossesse et le post-partum, et de conseiller l’arrêt. Il ajoute un point moins cité : une consommation qui se poursuit n’est pas une contre-indication à l’allaitement, qui ne doit pas être découragé.

Au Royaume-Uni, la Food Standards Agency ne recommande pas le CBD, par précaution, aux femmes enceintes ou qui allaitent, ni aux personnes qui essaient de concevoir, sauf sous supervision médicale.

Qui a écrit quoi, et quand

Organisme Position Date Document
EFSA Sécurité du CBD non établie ; toxicité significative sur la reproduction chez l’animal, à évaluer chez les femmes en âge de procréer Adoptée le 26 avril 2022, publiée en juin 2022 Statement on safety of cannabidiol as a novel food: data gaps and uncertainties
EFSA Sécurité « ne peut être établie » chez la femme enceinte ou allaitante Publiée le 9 février 2026 Update of the statement on safety of cannabidiol as a novel food
Anses Propose le classement toxique pour la reproduction, catégorie 1B, mentions H360FD et H362 21 mars 2025 Proposition de classification harmonisée au titre du règlement CLP
ECHA, comité d’évaluation des risques Suit la proposition française Communiqué du 18 mars 2026 ECHA/NR/26/15 et son annexe
ANSM et Anses Grossesse non mentionnée ; consommation déconseillée aux conducteurs et aux travailleurs exposés 19 juin 2025 Communiqué sur les intoxications
Agence européenne des médicaments Epidyolex : éviter pendant la grossesse sauf bénéfice net pour la mère ; suspendre l’allaitement pendant le traitement Texte en vigueur en septembre 2026 Résumé des caractéristiques du produit, rubrique 4.6
FDA Déconseille fortement CBD, THC et cannabis pendant la grossesse et l’allaitement 16 octobre 2019 Consumer Update
ACOG Aucune indication médicale au cannabis ; conseiller l’arrêt sans décourager l’allaitement Octobre 2025 Clinical Consensus n° 10
Food Standards Agency CBD non recommandé aux femmes enceintes ou allaitantes, sauf supervision médicale Page de février 2020, complétée après octobre 2023 Cannabidiol (CBD), conseils aux consommateurs
SOGC (Canada) Éviter le cannabis ou en réduire au maximum la consommation ; CBD non distingué dans le résumé Avril 2022 Directive clinique n° 425b

Ce que la recherche a mesuré, et sur qui

Chez l’animal

Les études réglementaires d’Epidyolex décrivent, chez la lapine gestante, une baisse du poids des fœtus à la dose la plus élevée, associée à une toxicité maternelle. Chez le rat exposé pendant la gestation et l’allaitement, la descendance a montré aux deux doses supérieures une croissance ralentie, une maturation sexuelle retardée et des testicules de petite taille à l’âge adulte. La dose sans effet correspondait déjà à une exposition maternelle environ sept fois supérieure à celle d’un patient traité à la dose maximale du médicament.

Le placenta

Deux équipes ont perfusé des placentas humains recueillis après l’accouchement, méthode qui mesure le passage sans exposer de fœtus. En Israël, sur huit placentas, la concentration côté fœtal représentait environ un cinquième de celle du côté maternel, le tissu placentaire retenant le CBD. Les auteurs préviennent que ce passage atténué ne prouve pas l’absence de danger pour le fœtus.

À Rotterdam, une étude publiée en février 2026 a mis au jour un piège : plus de 80 % du CBD disparaissait du liquide de perfusion en trente minutes par oxydation, et rien n’était détecté côté fœtal. Une fois l’oxydation empêchée, le passage apparaissait, avec un rapport fœtal sur maternel d’environ 0,3. Une étude qui conclut à l’absence de passage peut donc refléter un artefact.

Le lait maternel

Le résumé des caractéristiques d’Epidyolex indique qu’aucune étude sur le passage du cannabidiol dans le lait n’a été menée chez l’humain. Il existe pourtant des analyses de lait de mères consommant du cannabis ou des produits au CBD, de composition inconnue. En Californie, sur 54 échantillons, cinq contenaient du CBD ou un métabolite du THC à un niveau détectable. Dans l’Oregon, chez 20 mères, le CBD était en valeur médiane 2,6 fois plus concentré dans le lait que dans le plasma. En Floride, sur 57 échantillons, le CBD n’a été quantifié que dans un seul. Une modélisation de 2023 prédit une exposition très faible du nourrisson, sans pouvoir dire ce qu’elle implique.

Une étude française doit combler une partie de ce vide. Le centre hospitalier régional d’Orléans recrute depuis octobre 2025 soixante mères allaitantes consommant déjà du CBD, pour le doser dans leur sang et leur lait ; fin de collecte estimée à octobre 2027.

Chez la femme enceinte

Nous n’avons trouvé, dans le registre américain des essais cliniques, aucun essai ayant administré du CBD à des femmes enceintes. Les données humaines sont observationnelles, et le CBD y est souvent mêlé au THC. Dans une cohorte américaine, 128 couples mère-enfant ont été suivis trois ans : quinze enfants avaient été exposés au THC in utero, dont trois également au CBD. Impossible d’y isoler un effet propre au cannabidiol. Un registre de grossesses exposées à Epidyolex, lancé en 2025 par Jazz Pharmaceuticals, écarte les femmes exposées seulement à des produits au CBD non autorisés ; résultats attendus en 2033.

Un usage répandu, mesuré de façon très inégale

Le chiffre le plus repris vient d’une enquête publiée en 2024 : 20,4 % des 1 096 femmes enceintes interrogées aux États-Unis et au Canada entre 2019 et 2021 déclaraient avoir consommé un produit « CBD seul » dans les trente derniers jours. Le recrutement, en ligne, n’était pas probabiliste. L’enquête fédérale américaine sur les drogues et la santé, conçue pour être représentative, trouve pour 2023 environ 39 femmes enceintes sur 1 000 ayant consommé du CBD dans le mois. Un facteur cinq sépare les deux estimations, qui ne portent ni sur les mêmes années ni sur les mêmes pays. Nous n’avons pas trouvé de donnée équivalente pour la France.

Le contenu du flacon ajoute une inconnue

Une étude soutenue par la Mildeca, menée en 2023 par les centres d’addictovigilance de Lyon, Paris et Montpellier, a trouvé pour huit produits sur dix une teneur en CBD différente de l’étiquette. L’ANSM et l’Anses attribuent la majorité des intoxications récentes à des cannabinoïdes de synthèse ou à du THC au-delà de 0,3 %, présents à l’insu de l’acheteur, alors que le THC franchit le placenta, comme le rappellent l’ACOG et le CRAT. Aux États-Unis, l’ACOG cite des analyses où un produit étiqueté « CBD seul » sur cinq contenait du THC. Nous avons détaillé ce que contiennent vraiment les bonbons au CBD et les effets indésirables rapportés chez l’adulte.

La conversation à avoir avec la sage-femme, le médecin ou le pharmacien

Si du CBD a été consommé avant de se savoir enceinte, ou pendant l’allaitement, les données disponibles ne permettent ni de chiffrer un risque ni de l’écarter. C’est une information à donner à la sage-femme, au médecin ou au pharmacien, avec le nom du produit, sa forme et sa composition si elle est connue. C’est aussi le moment de signaler tout traitement en cours : l’ANSM rappelle que le CBD peut réduire l’efficacité de certains médicaments ou augmenter leurs effets indésirables.

Aucun des textes cités ne remplace un avis personnalisé, qui se demande à un professionnel de santé connaissant votre dossier, pas à un vendeur.

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