Voyager avec du CBD : ce qu’il faut vérifier avant de partir
Un produit acheté légalement en France ne le reste pas nécessairement une fois la frontière franchie. Les écarts entre pays voisins se sont creusés récemment, et plusieurs d’entre eux datent de moins de deux ans.
La règle de base
C’est le droit du pays où vous vous trouvez qui s’applique, pas celui du pays où vous avez acheté. Une facture française n’a aucune valeur d’autorisation ailleurs, et la légalité du produit à l’achat ne préjuge pas de sa légalité à destination.
En France, le seuil applicable est de 0,30 % de THC, fixé par l’arrêté du 30 décembre 2021. Ce seuil s’applique aussi au produit qui entre sur le territoire, quelle que soit sa légalité au départ.
Trois pays voisins, trois cadres différents
La Suisse ne considère pas comme stupéfiant le cannabis dont la teneur totale en THC reste inférieure à 1,0 %. Un produit parfaitement légal à Genève peut donc dépasser de plus du triple le seuil français. La Suisse étant hors de l’Union européenne, l’entrée d’une marchandise relève en outre de la réglementation douanière : la TVA est due dès le premier euro, et des droits s’ajoutent au-delà de 150 euros.
L’Italie a interdit, par un texte de 2025, l’importation, la cession, le transport, l’envoi et la livraison des inflorescences de chanvre et des produits qui en contiennent, extraits, résines et huiles compris. Les sanctions relèvent du texte italien sur les stupéfiants.
L’Autriche a placé les produits de chanvre destinés à être fumés, fleurs de CBD comprises, sous le monopole du tabac depuis février 2025, à la suite d’une décision de sa Cour administrative suprême. Leur vente y est réservée aux débitants agréés.
Ces trois exemples suffisent à écarter l’idée d’un cadre européen homogène.
Ce qui vaut partout dans l’Union
Le cannabidiol n’est pas autorisé comme aliment ni comme complément alimentaire dans l’Union européenne, faute d’approbation comme nouvel aliment au titre du règlement 2015/2283. L’EFSA retient de son côté un apport journalier provisoire de 0,0275 mg par kilo de poids corporel.
Cette non-autorisation vise la commercialisation, pas votre usage personnel, mais elle explique pourquoi le statut de ces produits reste instable et pourquoi il change vite.
Le point aveugle : ce que contient réellement le produit
Une étude soutenue par la Mildeca, menée en 2023 par les centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance de Lyon, Paris et Montpellier, a établi que huit produits au CBD sur dix présentent une teneur différente de celle indiquée sur l’étiquette. L’Anses et l’ANSM l’ont rappelé le 19 juin 2025.
Les mêmes agences signalent plusieurs centaines d’intoxications recensées depuis début 2024, dues dans la majorité des cas à des substances interdites présentes à l’insu du consommateur, cannabinoïdes de synthèse notamment, ou à un taux de THC supérieur à 0,3 %.
La conséquence en voyage est directe : vous pouvez transporter de bonne foi un produit non conforme au seuil du pays où vous vous rendez, sans le savoir et sans pouvoir le prouver. C’est la raison pour laquelle un certificat d’analyse du lot a ici une utilité concrète.
Ce qu’il faut faire avant de partir
- Vérifier la réglementation du pays de destination et de chaque pays de transit, à une source officielle de ce pays, pas sur un site marchand.
- Conserver le produit dans son emballage d’origine, étiquette et numéro de lot visibles.
- Emporter le certificat d’analyse du lot si le vendeur le fournit.
- Renoncer en cas de doute. Le coût d’un flacon laissé à la maison est sans commune mesure avec celui d’un contrôle défavorable.
Nous détaillons le cas particulier du transport aérien dans CBD et avion.
Le cas des traitements
Si vous suivez un traitement, la question du voyage se double de celle des interactions. L’ANSM a identifié le 11 mars 2025 dix-sept catégories de médicaments concernées, en indiquant que la liste n’est pas exhaustive, et recommande d’en informer son médecin. Voir CBD et médicaments.
La règle qui résume le reste
Un produit au CBD n’est pas un objet neutre qui traverserait les frontières sans conséquence. Vérifiez à la source officielle du pays où vous allez, et considérez que l’absence d’information claire est un motif suffisant pour ne pas emporter le produit.