CBD ou mélatonine : ce que la recherche compare, et ce qu’elle ne compare pas
La question se pose comme un duel, et c’est déjà le problème. À notre connaissance, aucun essai clinique n’a comparé directement le cannabidiol et la mélatonine sur le sommeil. La comparaison qui circule oppose donc deux corpus de nature très différente, pas deux résultats.
Deux molécules qui n’ont rien à voir
La mélatonine est une hormone que l’organisme produit lui-même, dont la sécrétion suit l’alternance lumière-obscurité. Elle participe à la signalisation de la nuit biologique.
Le cannabidiol est une molécule végétale, extraite du chanvre, sans équivalent produit par le corps humain et sans rôle connu dans la régulation du rythme circadien.
Cette différence n’est pas anecdotique. La mélatonine agit, pour l’essentiel, sur l’horloge interne. Le cannabidiol, lorsqu’un effet est observé, l’est sur d’autres registres. Les mettre en concurrence sur une même question revient à comparer deux réponses à deux questions distinctes.
La différence de statut réglementaire
C’est l’écart le plus net, et le plus vérifiable. La mélatonine figure parmi les substances pour lesquelles l’Union européenne a autorisé des allégations de santé au titre du règlement 432/2012, qui établit la liste des allégations admises sur les denrées alimentaires.
Le cannabidiol ne figure dans aucune liste équivalente. Il n’est même pas autorisé comme aliment ou complément alimentaire dans l’Union : faute d’approbation comme nouvel aliment au titre du règlement 2015/2283, sa commercialisation à usage alimentaire reste non autorisée.
Un vendeur peut donc, dans un cadre défini, formuler certaines allégations sur un produit à la mélatonine. Il ne peut en formuler aucune sur un produit au cannabidiol. Cette asymétrie résume, à elle seule, la différence de niveau de preuve reconnue par le régulateur.
Ce que dit la recherche sur le CBD, et à quelles doses
Les essais qui trouvent un effet du cannabidiol travaillent en centaines de milligrammes. L’étude de Zuardi et ses collègues, publiée dans Frontiers in Pharmacology en mai 2017, portait sur soixante volontaires sains recevant placebo, clonazépam 1 mg, ou cannabidiol à 100, 300 et 900 mg. L’effet mesuré apparaît à 300 mg et disparaît à 100 comme à 900.
Deux réserves s’imposent. Cette étude porte sur l’anxiété induite en laboratoire, pas sur le sommeil. Et les quantités en jeu n’ont pas de rapport avec celles d’une prise ordinaire à partir d’un flacon du commerce.
Le repère de sécurité, qui vaut pour l’un et pas pour l’autre
L’EFSA retient pour le cannabidiol un apport journalier provisoire de 0,0275 mg par kilo de poids corporel, soit environ 2 mg pour un adulte de 70 kilos. Ce chiffre est provisoire précisément parce que les données manquent sur les effets à long terme, notamment hépatiques.
La mélatonine, elle, dispose d’un historique d’utilisation et d’une évaluation aboutie. Ce n’est pas un jugement de valeur sur les deux substances : c’est un constat sur l’état des dossiers.
Les questions qui décident réellement
Avant de choisir entre deux produits, deux questions comptent davantage que la comparaison elle-même.
La première concerne votre traitement. L’ANSM a identifié le 11 mars 2025 dix-sept catégories de médicaments présentant un risque d’interaction avec le cannabidiol, en précisant que la liste n’est pas exhaustive. La mélatonine a ses propres précautions. Dans les deux cas, la réponse appartient à votre médecin ou à votre pharmacien, et nous détaillons ce point dans CBD et médicaments.
La seconde concerne ce que vous cherchez à corriger. Un endormissement décalé et des réveils nocturnes ne relèvent pas du même mécanisme. Les leviers dont l’effet est établi, régularité des horaires, lumière, température, caféine, ne sont dans aucun des deux flacons. Nous les avons réunis dans hygiène de sommeil.
Ce qu’on ne peut pas trancher
Il n’existe pas de vainqueur à désigner, parce qu’il n’existe pas de match. Ce qu’on peut dire tient en deux lignes : la mélatonine dispose d’un dossier réglementaire abouti et d’allégations autorisées, le cannabidiol n’en a aucun et son statut alimentaire lui-même n’est pas réglé.
Toute page qui vous annonce un gagnant vous vend l’un des deux. L’état de la recherche sur le second figure dans CBD et sommeil.